Sandra Reinflet, inventeuse d’histoires vraies

 

Crédit photo Farid Karioty

Sandra Reinflet, inventeuse d’histoires vraies

Ne pas remettre ses rêves au lendemain… A 25 ans et à la suite d’un grave accident de voiture, Sandra Reinflet décide de tout quitter et de partir autour du monde à la rencontre de 81 femmes de son âge et porteuses d’un projet fort. « Same, same but different », son premier livre, fait le récit de ce voyage époustouflant et démontre qu’il est possible de réaliser ses rêves, dès lors que l’on ne se met pas de barrière et que l’on ne reporte pas tout au lendemain. A la suite de ce voyage, elle décide d’exercer le métier qu’elle a toujours eu envie de faire : inventeuse d’histoires vraies… Nous avons interviewé Sandra, jeune maman pétillante, spontanée, drôle et très inspirante !

Bonjour Sandra, merci d’avoir accepté de répondre aux questions de Ose Vivre. Peux-tu nous parler de ton parcours et de la façon dont tu es arrivée à inventer ton propre métier ?

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être « inventeuse d’histoires vraies ». Je voulais travailler à partir du réel en utilisant l’art et notamment la photo, l’écriture, la chanson… Petite, j’avais baptisé la personne que je voulais devenir adulte « Marine Goodmorning », une chanteuse à la fois écrivaine, voyageuse et musicienne. En terminale, lorsque l’on a dû choisir notre orientation, je me suis demandé quelles études suivre pour m’approcher de mon rêve d’être inventeuse d’histoires vraies… Un conseiller d’orientation m’a fait comprendre que « ce n’était pas un métier » et m’a dirigée vers une école de commerce, expliquant que cela me permettrait de voyager et de « tout faire à la sortie ». Sans conviction, j’ai passé le concours et suis entrée à l’ESSCA.

Un accident de voiture, survenu à l’âge de 20 ans, m’a fait prendre conscience du côté éphémère de la vie. Je pensais avoir des années devant moi pour réaliser mes rêves mais cet accident m’a fait prendre conscience qu’à trop remettre les projets à plus tard, il était peut-être déjà trop tard. Je l’ai pris comme un signe du destin me disant « mais pourquoi pas maintenant ? ». C’est à ce moment-là que le projet « 81 femmes » est né. Je suis partie avec une amie rencontrer des femmes du même âge (25 ans à l’époque) se trouvant dans des situations parfois précaires mais partageant la même ambition de réaliser leurs rêves. Nous voulions faire passer un message fort et encourager d’autres femmes à oser, leur montrer que si des femmes en situations difficiles y parvenaient, elles le pouvaient aussi.

A mon retour, je me suis consacrée à l’écriture de mon livre « Same same but different » (éditions Michalon), retraçant cette aventure et ces rencontres inspirantes.

En parallèle, je devais aussi réfléchir à comment agir pour réaliser mes propres projets. Ecrivant des chansons depuis mon plus jeune âge, je décide alors de monter mon propre groupe, Marine Goodmorning (clin d’œil à mes ambitions enfantines), et de rentrer au Conservatoire. Pendant 5 ans, j’ai donné des concerts, écrit des livres, fait de la photo. Je me sentais libre, très heureuse et cette vie me donnait envie de me lever chaque jour. Ce n’était pas toujours une période très facile car être chanteuse et écrivain autour du voyage n’est pas lucratif, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais je devais appliquer les leçons tirées lors de mon voyage, et j’étais libre, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

A force de persévérance, j’ai commencé à « gagner ma vie » et à vivre de mon métier. J’écris même que je suis « inventeuse d’histoires vraies » sur les formulaires administratifs (Rires).

Mon dernier projet en date, « Ne parle pas aux inconnus », est un roman initiatique qui parle des peurs que l’on porte sur les épaules, et dont il faut parvenir à se délester pour devenir adulte en n’abandonnant pas tout à fait l’enfant en nous. Parce qu’écouter les peurs et les mises en garde (« tu ne devrais pas, c’est trop dangereux, ne parle pas aux inconnus, sois raisonnable… »), c’est leur donner le pouvoir. Ce roman a été inspiré par les traversées de l’Europe en autostop que j’ai effectuées trois été de suite. Avant de partir, mes proches avaient tenté de me décourager. En tant que femme, faire du stop c’était suicidaire. Je me suis demandé s’ils avaient raison et ai même hésité à renoncer à ce projet de reportage. Et puis, je me suis dit que ne pas partir, c’était laisser les potentiels agresseurs et la peur l’emporter. Rester chez moi serait revenu à déclarer forfait. L’héroïne du roman voyage elle aussi à contre courant. Elle rencontre des étrangers et finit par se demander qui sont les étrangers autour de nous, est-ce que les inconnus ne sont finalement pas les plus proches ? Est-ce que les peurs et les contraintes peuvent être des moteurs, des sources d’inspiration ?

Pour ma part elles le sont. Comme les critiques. A maintes reprises, elles m’ont poussé en avant. Comme encore récemment, où je suis partie seule en Iran, enceinte de 5 mois, pour réaliser des portraits photo d’artistes censurés mais qui continuent à s’exprimer à travers l’art. Parce que l’interdit est un obstacle qui demande de l’élan pour être franchi.

Crédit photo Vincent Nageotte

Quels ont été les faits marquants de ton parcours ?

Hum… aujourd’hui, je dirais :

  • La naissance de ma vocation d’inventeuse d’histoires vraies, à dix ans, dans le jardin de mon enfance.
  • L’accident de voiture qui a agi comme un déclic, une déviation nécessaire alors que je me perdais en école de commerce.
  • Mon tour du monde pour mener le projet « 81 femmes »
  • L’écriture de mon 2ème livre « Je t’aime maintenant » (éditions Michalon), où j’ai dressé le portrait de 24 personnes aimées depuis l’enfance, sous forme d’un cadran amoureux. Le principe était de raconter un moment par personne, que la relation ait duré ou nom, existé ou non, pour mettre toutes les histoires sur un pied d’égalité (partant du postulat que l’intensité du souvenir n’est pas liée à des critères de durée). Je trouve cela très important en tant que femme de parler d’amours pluriels car c’est un sujet encore assez tabou – les réactions de mes proches avant la publication avaient d’ailleurs été assez virulentes…
  • Ce projet m’a amené à retourner dans mon ancienne école primaire, démolie depuis, ce qui a inspiré la réalisation d’un livre photo texte intitulé « Qu’est-ce qui a tué Jacques Prévert » pour lequel j’ai notamment reçu le prix Coup de cœur de la Bourse du talent Photographie.
  • Trois étés de traversées d’Europe en autostop.
  • Mon nouveau roman « Ne parle pas aux inconnus » paru en janvier 2017 (JC Lattès).
  • La naissance de mon fils Marceau, en juillet dernier.
  • Le projet photo VoiE/X sur l’art en milieu contraint, auquel je me consacre actuellement.

Aurais-tu des conseils à partager aux femmes qui voudraient concrétiser un projet ?

Ne pas se poser trop de questions est primordial. Ne vous demandez pas si vous êtes légitimes car personne ne l’est vraiment. Je ne suis pas plus légitime qu’une autre pour donner des conférences, exposer des photos, me produire sur scène ou publier des livres… Mais si je commence à me poser trop de questions, je ne ferais plus rien. L’excellence n’existe pas.

Mon autre conseil serait de ne pas hésiter à parler de votre projet à votre entourage. En France, on a tendance à vouloir garder les projets secrets tant qu’ils ne sont pas concrétisés, en ayant peur qu’une personne ou une autre nous « vole l’idée ». Je pense que ce n’est pas l’idée en soi qui est originale mais la façon dont on va la mettre en oeuvre. Pour moi, en parler est bénéfique car le simple fait de se l’entendre dire permet de le rendre tangible, de passer un contrat avec soi même. Et qui sait, certaines critiques ou mises en garde inspireront peut-être des changements, ou au contraire des envie de leur donner tort… ?

Comment réussis-tu à concilier ta vie personnelle et ta vie professionnelle ?

Je n’ai pas de routine, enfin ma routine est de ne pas en avoir (Rires !). Je ne me lève et ne me couche jamais à la même heure, mon organisation dépend de mes projets en cours, de la phase dans laquelle je suis. Lorsque je suis en train d’écrire un livre, je mets en place un rythme particulier car je me suis rendu compte que j’avais souvent tendance à procrastiner lorsque je travaille sur des projets à long terme. J’avais l’angoisse de la page blanche, peur de la montagne de travail qui m’attendait.

Pour déjouer cette angoisse, j’ai décidé de m’arrêter d’écrire tous les jours à 13h. Je me laissais la liberté de commencer à l’heure que je voulais le matin mais m’imposais cet arrêt à 13h. Cela m’a permis de créer un sentiment d’urgence et de frustration propice au travail. Grâce à ce petit truc, je ne voyais plus le projet dans sa globalité, mais me concentrais sur mes objectifs quotidiens, d’avancer pas à pas. Mettre en place un projet tel que l’écriture d’un livre ou la création d’une entreprise ou d’une association est comparable à une randonnée : il ne pas se focaliser sur le sommet à atteindre (il semble si loin qu’on pourrait craindre de faire du sur-place) mais avancer par palier. De cette façon, on progresse sans s’en rendre compte et sans pression…

As-tu des modèles de femmes ?

J’admire beaucoup les femmes libres. Et la liberté passe souvent par la non-célébrité. J’admire les femmes persévérantes, qui n’abandonnent pas malgré les difficultés ou les échecs. J’ai des amies chanteuses qui font cela depuis 15 ans sans forcément rencontrer le succès, mais elles continuent leur quête, coûte que coûte. Pour moi, toute la vraie réussite est là : ne jamais arrêter d’essayer.

Voudrais-tu partager avec nous une phrase qui t’inspire ?

« Le monde sommeille par manque d’imprudence ». Jacques Brel

 

Portrait inspirant de : Sandra Reinflet, Inventeuse d’histoires vraies, présenté par @OseVivre.com

Plus de détails sur le site http://www.sandrareinflet.com/

Ludivine Gustave
Ludivine Gustave

Ludivine Gustave est fondatrice de Madizy Management et du blog/magazine osevivre.com, conférencière et depuis peu mentor au sein du réseau des Femmes Chefs d'Entreprises Belgique. Avec deux Masters en Gestion et Management des Entreprises et en Intelligence Economique, elle intervient pendant plusieurs années en France puis en Belgique auprès de firmes et PME comme consultante. Lire plus

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