Sarah Bovy, première femme pilote automobile !

Sarah Bovy, du karting à Lamborghini, une jeune belge dans le milieu automobile !

Du haut de ses 28 ans, Sarah Bovy est une passionnée de sport automobile. Pilote pour la marque italienne Lamborghini, instructrice pour des clients et des prospects mais également à la tête de sa propre société évènementielle, elle nous a accordé un entretien entre deux voyages à l’autre bout du monde.

Bonjour Sarah, peux-tu nous expliquer comment une jeune femme de 28 ans se retrouve dans le milieu automobile ?

Bien que mon père ait fait quelques années de sport automobile, je n’étais pas prédestinée à avoir cette passion et encore moins à en faire mon métier. En fait, j’ai pratiqué beaucoup d’autres sports comme la plupart des adolescents, puis un jour j’ai essayé le kart, un peu par hasard. Cela a été une véritable révélation pour moi et j’ai tout de suite décidé que ce serait mon métier. Je suis arrivée là par un concours de circonstances et car je me suis toujours battue pour faire face aux obstacles rencontrés sur mon chemin.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours et sur la façon dont tu as commencé à être pilote ?

Comme la majorité des pilotes professionnels, j’ai commencé par la pratique du karting, à l’âge de 12 ans. Au début, le karting était une passion et mes parents venaient me supporter aux courses amateurs le week-end mais j’avais déjà la certitude que je voulais aller plus loin dans la découverte de cette activité. Je suis rapidement passée à la monoplace, une mini F1, avec laquelle j’ai réalisé plusieurs podiums en championnat belge entre 14 et 15 ans. Malheureusement, les sponsors sont très durs à convaincre dans le milieu automobile et j’ai rapidement été à court de fonds pour la monoplace. J’ai donc décidé de me tourner vers les courses d’endurance où mes adversaires avaient très souvent 20 ou 30 ans d’expérience ! J’ai énormément appris à ce moment là de ma carrière, au contact de mes coéquipiers mais aussi grâce à mes concurrents qui m’obligeaient à élever mon niveau pour rester dans la course.

Le véritable tournant dans ma carrière a été la rencontre avec plusieurs dirigeants de la société Lamborghini en 2015. Ils m’ont d’abord proposé de faire un test car plusieurs femmes avaient été contactées mais elles ne correspondaient pas complètement aux critères recherchés. J’ai donc décidé de leur montrer que j’avais les capacités et je pense qu’ils ont aimé mon esprit de compétition, mon endurance, mes connaissances du milieu automobile et aussi le fait d’être une femme ! Je suis aujourd’hui très heureuse de travailler pour cette grande société, de pouvoir les représenter dans le monde entier, d’être instructrice mais également de pouvoir toujours continuer à faire de la compétition. En parallèle, je travaille depuis 4 ans pour la société Sthree, un des leaders mondiaux du recrutement et qui est devenu l’un de mes partenaires aujourd’hui. Je pense que très peu d’employeurs auraient fait ce qu’ils ont fait pour moi : me faire confiance, me donner beaucoup de flexibilité et me soutenir au plus haut du sport automobile. Sans leur soutien, je n’aurais jamais pu tout gérer en même temps.

Quelles sont tes plus belles réussites ?

Un des moments les plus forts de ma carrière a été ma première victoire dans une course nationale à l’âge de 15 ans. J’ai également d’autres excellents souvenirs comme mes trois participations aux 24h de SPA, qui reste pour moi l’une des plus belles courses du monde. Je suis également très heureuse d’avoir été la première femme de l’histoire à monter sur un podium pendant les “World Series by Renault”, surtout que je n’étais pas censée faire cette course, ce qui a rendu le moment encore plus intense. Il faut savourer ces moments forts car en sport automobile, le temps passé dans la voiture ou à célébrer des victoires est très restreint par rapport au temps d’entraînement ou à rechercher des sponsors.

Quelles sont les contraintes que tu as au quotidien en tant que femme pilote ?

Certaines fois, il est difficile de savoir si les décisions prises par l’équipe ou les coéquipiers le sont sur base de mes compétences de pilote ou bien parce que je suis une femme. Je n’ai jamais réellement été victime de discriminations mais j’ai quelquefois eu des doutes sur certaines décisions prises et cela m’a déçue car pour moi c’est ne pas prendre en considération mes 15 ans d’expérience. En règle générale, je trouve quand même que l’on peut trouver sa place dans le sport automobile en tant que femme, sinon je ne me serais pas obstinée !

As-tu été formée ou accompagnée dans la rédaction et la mise en forme de tes dossiers de sponsoring ?

J’ai commencé mes premiers dossiers de sponsoring à l’âge de 13 ans sur l’ordinateur familial. Au départ le dossier se résumait à deux pages de texte et deux photos ! Saison après saison, projet après projet, j’affinais les dossiers. J’ai toujours eu beaucoup de soutien de ma famille dans ma carrière mais pas vraiment à ce niveau-là. Il n’était pas non plus envisageable de payer quelqu’un pour le faire à ma place sachant que je n’avais déjà pas les fonds pour les courses.

J’ai toujours construit mon parcours scolaire en fonction de ce qui pourrait m’aider dans ma carrière et pour avoir un plan B. J’ai étudié le marketing à la haute école EPHEC à Bruxelles dans le but d’apprendre comment s’organise un département marketing ou comment rédiger des dossiers de sponsoring. J’ai eu la chance d’être dans une école avec beaucoup de pratique où j’ai pu orienter mes projets individuels ou mon projet de fin d’études sur la course automobile. Grâce à cette formation, mes compétences se sont améliorées au fur et à mesure et encore aujourd’hui, je continue à réaliser mes dossiers seule. Je suis entourée principalement de ma famille; mes parents par exemple m’aident dans mes tâches quotidiennes ou encore mon compagnon depuis 9 ans, qui est avocat, m’aide à revoir mes contrats.

Où te vois-tu dans 5 ans ?

C’est une question assez compliquée pour moi, j’ai déjà du mal à savoir où je serai la semaine prochaine (Rires) ! Sur le plan sportif, j’espère que j’aurais eu la chance de participer à des courses telles que les 24 heures du Mans et que j’aurais pu voyager dans le monde entier pour représenter Lamborghini. Mais je garde toujours en tête que Lamborghini peut tomber du jour au lendemain sur un meilleur profil que le mien et que je dois continuer à travailler dur pour satisfaire au poste.

Au niveau du développement de ma société évènementielle, j’aimerais continuer à rendre le sport automobile plus accessible aux passionnées mais qui n’ont pas forcément les moyens de s’offrir des journées de circuits. J’aimerais utiliser ma “notoriété” pour organiser des évènements où les gens, et notamment les enfants, auront la possibilité de faire un tour de voiture et en découvrir un peu plus sur le sport automobile.

J’ai récemment commencé une activité de consulting dans mes domaines d’expertise et notamment sur les techniques de pilotage, que ce soit sportif ou préventif. Je participe également à des conférences comme par exemple la Fleet Night au Luxembourg où je suis intervenue sur l’interaction entre le sport auto et les technologies que nous retrouvons dans nos voitures au quotidien. C’est une activité que je pourrais envisager de faire plus régulièrement quand j’aurai un peu plus d’expérience.

As-tu des conseils à donner aux femmes qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat ?

Je pense qu’il faut réussir à trouver le juste milieu entre l’étude sérieuse du projet et le fait de se jeter à l’eau. En fait, il faut prendre des risques calculés. Je compare souvent l’entrepreneuriat avec le fait d’avoir des enfants : si tu attends d’être prête, tu n’en feras jamais… Je ne dis pas qu’il faut se lancer sur un coup de tête mais on est jamais à 100% prêt ou sûr de la réussite, tout est une question d’équilibre. Il est important d’avoir une vraie flamme qui nous anime, d’avoir de l’énergie et être prêt à avoir des déceptions. Pour finir, je pense qu’il faut toujours travailler dur et donner le meilleur de soi-même.

Portrait inspirant de : Sarah Bovy, pilote automobile, instructrice et entrepreneure, présenté par @Ose Vivre.com

Ludivine Gustave
Ludivine Gustave

Ludivine Gustave est fondatrice de Madizy Management et du blog/magazine osevivre.com, conférencière et depuis peu mentor au sein du réseau des Femmes Chefs d'Entreprises Belgique. Avec deux Masters en Gestion et Management des Entreprises et en Intelligence Economique, elle intervient pendant plusieurs années en France puis en Belgique auprès de firmes et PME comme consultante. Lire plus

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